Environnement · Journal de bord

Ce qui tombe du bateau : le déchet qu'on ne voit pas partir

Bouts de ligne, emballages, accessoires arrachés par le vent : la plupart des déchets en mer ne sont pas jetés, ils sont perdus. Comment éviter d'en semer sans y penser.

Par Le bosco du bordLecture 4 min

Il y a deux façons de polluer en mer. La première est délibérée, et personne ici n'est concerné. La seconde est involontaire, et elle nous concerne tous : c'est ce qui tombe, s'envole ou se perd sans qu'on le remarque.

Le nylon est le pire des oublis

Sur n'importe quelle digue fréquentée par des pêcheurs, on ramasse en quelques minutes de quoi refaire un stock : bouts de ligne, bas de ligne emmêlés, hameçons, emballages de leurres, étiquettes cartonnées. Rien de tout cela n'a été jeté intentionnellement : c'est tombé, ou laissé sur place après un démêlage énervant.

Le problème est que le monofilament ne se dégrade pas. Il continue de pêcher tout seul : les fils piègent les oiseaux et les poissons, les hameçons coulent et se déposent exactement là où les crustacés viennent se caler. Un bout de ligne de trente centimètres paraît insignifiant ; il reste actif pendant des décennies.

Le réflexe qui règle la question tient en une poche : tout ce qui est coupé va dans la poche ou dans un seau, jamais par-dessus bord ni au sol, y compris les morceaux minuscules.

Le vent emporte plus que vous ne croyez

À bord, le pont est un terrain de départ pour tout ce qui est léger. Un sac plastique posé le temps de ranger, une casquette, un emballage de sandwich, une bouteille vide coincée sous un tendeur : une risée suffit.

Le contre-réflexe est simple : rien de léger ne reste sur le pont sans être coincé ou rangé. Les emballages passent sous le pont dès qu'ils sont vides, pas « tout à l'heure ».

Il y a d'ailleurs une raison égoïste de s'en préoccuper : un sac plastique qui passe par-dessus bord finit souvent dans l'hélice ou sur la prise d'eau de mer. Le plus gros risque immédiat, c'est pour votre moteur.

L'avitaillement décide de vos déchets

Le volume de déchets d'une navigation se joue avant le départ, au supermarché. Des produits emballés dans du papier ou achetés en vrac, transvasés dans des boîtes hermétiques, c'est autant de plastique qui ne montera jamais à bord, et qu'il ne faudra pas gérer à l'escale, où les poubelles de port débordent souvent en été.

C'est aussi une question pratique : moins d'emballages à bord, c'est moins de choses qui traînent, moins d'humidité dans les cartons, et un carré plus rangé.

Les ports font une partie du travail

De plus en plus de ports disposent de conteneurs pour les déchets spéciaux (huiles usagées, batteries, pots de peinture, fusées périmées) et de zones de tri. Les ports labellisés en font un critère.

Ces installations sont largement sous-utilisées, souvent simplement parce qu'on ne sait pas qu'elles existent. La question à poser à la capitainerie en arrivant tient en une phrase : où déposer les déchets spéciaux ? Elle vous évitera de garder six mois un bidon d'huile de vidange dans un coffre.

Pour les artifices de détresse, la filière est spécifique et le sujet mérite sa propre page : voir que faire de ses fusées périmées.


Rien de tout cela ne demande d'équipement ni de conviction militante. Ce sont des gestes de bord, du même ordre que ranger une écoute ou fermer une vanne : des habitudes qui, une fois prises, ne coûtent plus rien.

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