Situation à bord · se préparer
Incendie à bord : où le feu part, et ce qui doit être accessible avant
Le feu à bord : d'où il part le plus souvent, pourquoi il va si vite, et ce qui doit être décidé au ponton (emplacements, coupures d'alimentation, seuil d'abandon).
Mis à jour le 30/08/2026. Division 240 éd. 21/05/2026

Référentiel sécurité
Incendie · couper et attaquer le feu
Éd. 21/05/2026
Attaquer un feu est une compétence qui s'acquiert en formation, avec un feu réel et un formateur. Cette page ne l'enseigne pas et ne décrit aucune procédure d'extinction. Elle traite de ce qui se règle à quai : où se trouvent les moyens de lutte, qui le sait, comment on coupe l'énergie qui alimente le feu, et à quel moment on a décidé, à froid, de cesser de lutter.
Ce qui se passe
Un bateau réunit dans un volume clos tout ce qu'il faut à un feu : du carburant, des batteries, une bouteille de gaz, des tissus synthétiques, des mousses d'isolation et du bois. Il n'y a ni cloison coupe-feu ni sortie de secours au sens où l'entend un bâtiment, et il n'y a personne à appeler qui arrivera en quelques minutes. Le temps utile se compte en dizaines de secondes.
Les départs de feu se concentrent sur un petit nombre d'origines, toutes liées à l'énergie du bord. Le compartiment moteur en concentre plusieurs : surchauffe, échappement, fuite sur un circuit de carburant qui pulvérise sur une pièce chaude. L'installation électrique en produit d'autres, moins spectaculaires au départ : un serre-câble desserré qui chauffe, un chargeur laissé en marche, une batterie mal fixée qui se met en court-circuit sur une structure métallique. La cuisine au gaz ferme la liste : un flexible vieilli, un brûleur mal éteint, du gaz plus lourd que l'air qui descend dans les fonds et y attend une étincelle. Le point commun de ces quatre origines est qu'elles sont toutes alimentées : tant que le carburant, le courant ou le gaz continuent d'arriver, le feu continue.
C'est ce qui rend le réflexe d'ouvrir grand le capot moteur particulièrement défavorable. Un feu confiné dans un compartiment mal ventilé s'étouffe en partie lui-même ; l'appel d'air créé par une ouverture large le ravive brutalement et projette les flammes vers celui qui a soulevé le capot. La conception du bord tient d'ailleurs compte de ce cas : pour les moteurs intérieurs diesel de moins de 120 kW logés dans un compartiment de moins de 3,5 m³, l'annexe 240-A.3 prévoit un extincteur portatif prévu pour un orifice d'extinction (soit, précisément, un moyen de traiter le compartiment sans l'ouvrir) ou un système fixe d'extinction.
Le second phénomène qui surprend est la fumée. Elle précède les flammes, elle descend, elle est toxique et opaque bien avant que le feu ne soit visible. Un équipage qui ne voit plus rien dans un carré enfumé ne trouve pas un extincteur rangé dans un coffre dont personne n'a mémorisé la place. C'est la raison pour laquelle l'emplacement des moyens de lutte compte davantage que leur nombre.
Enfin, il faut regarder en face l'issue la plus fréquente d'un incendie qui n'a pas été maîtrisé dans ses premières secondes : un bateau en polyester qui brûle ne s'éteint pas. La question devient alors celle de l'abandon, et elle se pose très vite, souvent avant que l'équipage n'ait accepté l'idée.
Ce qui doit être décidé avant
C'est la part la plus utile, et la seule qui reste entièrement disponible quand la fumée envahit le bateau.
- Où sont les extincteurs, et qui le sait. Le texte demande qu'ils soient immédiatement et facilement accessibles ; il ne demande pas que l'équipage le sache. Faire montrer l'emplacement à chaque personne embarquée, une fois, au ponton, est ce qui transforme un équipement présent en un équipement atteignable.
- Retrouver ce que dit le manuel du propriétaire. Sur un bateau qui porte le marquage CE, ce sont les préconisations du fabricant reprises dans ce manuel qui définissent le type d'extincteur, son emplacement et sa signalisation ; l'annexe 240-A.3 ne prend le relais qu'à défaut. Savoir de quel côté on se trouve change ce qu'il faut vérifier.
- La signalisation des emplacements. Un extincteur rangé dans un placard fermé doit porter le pictogramme sur la porte. C'est aussi ce qui permet à un équipier occasionnel de le trouver sans avoir suivi la visite du bord.
- Le passage en revue des origines, à froid. Serrage des cosses de batteries et de leurs fixations, état des flexibles de gaz et de leurs échéances, absence de suintement sur le circuit de carburant, propreté du compartiment moteur. Ce sont les points que le registre de vérification spéciale de la Division 240 fait figurer sous « Gaz et électricité » et sous « Propulsion ».
- Comment on coupe le gaz, et depuis où. La vanne à la bouteille, le robinet de coupure dans la cuisine : les deux doivent être connus et manœuvrables sans outil. Une vanne bloquée par le vert-de-gris se découvre le jour où il faudrait la fermer d'une main.
- Comment on coupe le courant. Le coupe-batterie principal ne sert à rien s'il est derrière la couchette arrière et que personne ne l'a jamais actionné. Repérer sa position, vérifier qu'il tourne, et savoir ce qu'il coupe réellement : beaucoup d'installations laissent le circuit du chargeur ou de la pompe de cale en dehors.
- Comment on arrête le moteur, et par quel moyen de secours. Contact, commande d'arrêt mécanique, coupe-circuit filaire : sur beaucoup de bateaux à moteur hors-bord, le coupe-circuit est le moyen le plus direct, à condition que le second coupe-circuit prévu à bord soit à sa place et non dans une poche de ciré restée à terre.
- Le seuil auquel on cesse de lutter. Décider à froid ce qui déclenche l'alerte et la préparation de l'abandon (des flammes qui ressortent après une première attaque, une fumée qui empêche de rester à l'intérieur, un feu qui atteint le réservoir) évite d'avoir à trancher cette question dans la fumée, au moment où l'attachement au bateau pousse à persévérer trop longtemps.
- Qui alerte pendant que les autres agissent. Le rôle se distribue à l'avance, comme pour toute situation d'urgence : celui qui prend la VHF ne lutte pas, et il alerte avant de savoir si le feu sera maîtrisé. Le chef de bord, lui, garde la décision d'arrêter.
- Ce qu'on emporte si on quitte le bateau. Balise, VHF portable, radeau de survie, téléphone dans une poche étanche : une liste courte, décidée une fois, rangée en un seul endroit, évite de courir dans un bateau enfumé pour rassembler ce qui aurait dû être groupé.
- Les échéances des extincteurs, suivies. La durée de vie et la périodicité des contrôles sont fixées par le fabricant, pas par un délai réglementaire universel : c'est précisément ce qui les rend faciles à laisser passer.
Les gestes
Maintenir chaque extincteur portatif immédiatement et facilement accessible. Le texte admet qu'il soit rangé dans un placard ou un espace clos, à condition que la porte porte le symbole approprié.
Texte de référence · Division 240, annexe 240-A.3
Signaler par des pictogrammes les emplacements des moyens de lutte contre l'incendie : pictogrammes conformes à la résolution A.654(16) de l'OMI ou à une norme de signalisation d'incendie en vigueur dans un État membre de l'Union européenne, par exemple ISO 7010-F001.
Texte de référence · Division 240, annexe 240-A.3
Suivre la durée de vie et la périodicité des contrôles fixées par le fabricant de l'extincteur : le texte renvoie explicitement à lui, et non à un délai unique applicable à tous les modèles.
Texte de référence · Division 240, annexe 240-A.3
Ne pas embarquer d'agent extincteur contenant du Halon 1211, 1301, 2402 ou du perfluorocarbone. Un extincteur au dioxyde de carbone reste limité à 2 kg, ne se place que dans un local d'habitation contenant des équipements électriques sous tension ou des liquides inflammables, et à raison d'un seul par espace habitable.
Texte de référence · Division 240, annexe 240-A.3
À bord des navires à moteur hors-bord à commande à la barre ou en déporté et des véhicules nautiques à moteur qui en sont pourvus, garder le coupe-circuit filaire relié au poignet, à la jambe ou à un point fixe de l'équipement individuel de flottabilité porté, dès que le moteur tourne, et ne jamais le modifier, le rallonger ni le déplacer.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.01.7
Garder en navigation un second coupe-circuit filaire rapidement et facilement accessible à bord, dont l'emplacement est identifié par l'ensemble des personnes embarquées.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.01.7
À bord des bateaux proposés à la location qui naviguent à plus de 2 milles d'un abri, embarquer un document regroupant les instructions de mise en œuvre des dispositifs d'assèchement et de lutte contre l'incendie ainsi que de l'abandon. Rien n'interdit d'en tenir un à bord d'un bateau personnel.
Texte de référence · Division 240, art. 240-3.03
Faire montrer à chaque personne embarquée l'emplacement des extincteurs, de la vanne de gaz, du coupe-batterie et de la commande d'arrêt du moteur, et vérifier une fois par saison que chacune de ces commandes s'actionne réellement.
À préparer à quai
Ces gestes reprennent ce que prescrivent les textes et les organismes de secours. Les exécuter sous stress s’apprend en formation pratique : cette page ne remplace pas une formation pratique et ne prétend pas s’y substituer.
Ce que ça implique pour votre bateau
L'incendie est la situation où le décalage entre l'équipement présent et l'équipement utilisable est le plus coûteux. Un extincteur dont la pression est retombée, un flexible de gaz périmé depuis deux saisons ou un coupe-circuit dont le fil a disparu ne se remarquent jamais en navigation : ils se remarquent le jour où ils manquent. Les extincteurs relèvent d'un contrôle dont la périodicité est fixée par leur fabricant, ce qui interdit de raisonner par habitude et rend le suivi individuel indispensable.
Ces échéances et ces contrôles récurrents se tiennent dans l'inventaire du bateau, avec un rappel avant que l'échéance ne tombe, et les certificats de révision ont leur place dans les documents du bateau. Les règles applicables aux deux équipements en jeu ici sont détaillées dans leurs fiches : extincteurs portatifs et coupe-circuit.
Cette page s’imprime : seules les sections utiles à bord sont conservées, l’en-tête et les liens sont retirés.
