Situation à bord · se préparer
Homme à la mer : ce qui se joue avant la chute, et la remontée à bord
Une personne à l'eau : pourquoi le repérage se perd si vite, ce qui doit être réparti et rangé avant de partir, et le point dur de la remontée à bord.
Mis à jour le 30/08/2026. Division 240 éd. 21/05/2026

Référentiel sécurité
Homme à la mer · repérer et récupérer
Éd. 21/05/2026
Ramener à bord une personne tombée à l'eau est une manœuvre qui s'apprend en mer, avec un formateur et un mannequin. Cette page ne l'enseigne pas. Elle décrit ce qui se décide avant (qui regarde, qui note, où se trouve le moyen de remonter) parce que c'est ce qui a été réglé au ponton qui reste disponible quand tout se passe en quelques secondes.
Ce qui se passe
La chute est rarement spectaculaire. Elle survient sur un geste banal : un équipier qui se penche, une lame qui arrive de travers, un empannage non contrôlé. Le bateau, lui, continue. À cinq nœuds, il s'éloigne de plus de deux cents mètres par minute, et chaque seconde passée à comprendre ce qui vient de se produire s'ajoute au chemin du retour.
Le vrai problème n'est pas la distance mais le repérage. Une tête dans l'eau émerge de quelques centimètres, dans une couleur qui n'a rien de contrasté avec la mer. Dès qu'une petite houle se lève, la personne disparaît régulièrement derrière les crêtes : celui qui l'a vue tomber la retrouve à chaque creux, celui qui détourne le regard trois secondes la perd souvent définitivement. C'est pourquoi le regard qui reste fixé compte davantage que la vitesse de la manœuvre, et pourquoi un dispositif de repérage largué immédiatement, qui reste visible de loin, vaut mieux qu'un point mémorisé sur l'eau.
Vient ensuite ce que l'eau fait au corps. L'entrée dans une eau à quinze ou dix-huit degrés provoque un réflexe respiratoire incontrôlable pendant la première minute : la personne suffoque, ne peut ni crier ni nager, et c'est souvent à ce moment-là qu'elle inhale de l'eau. Passé ce choc, la force des mains et des bras décline en quelques minutes seulement, bien avant que l'hypothermie ne devienne dangereuse. Un équipement individuel de flottabilité change tout ici : il maintient les voies respiratoires hors de l'eau pendant que la personne n'a plus les moyens de le faire elle-même.
C'est ce déclin de la force qui fait de la remontée à bord le point dur, et non le retour sur zone. Une personne mouillée, refroidie, alourdie de plusieurs kilos de vêtements imbibés et privée de préhension ne se hisse pas seule sur un franc-bord, même modeste. Depuis l'eau, il n'y a rien à quoi s'accrocher : le bord du pont est trop haut, la coque n'offre aucune prise, l'échelle de bain arrière est repliée et sa poignée de largage est prévue pour être atteinte depuis le bateau. Un équipage qui n'a jamais essayé découvre à ce moment-là que tirer un adulte hors de l'eau, à deux, sans point d'appui, est presque impossible.
Ce qui doit être décidé avant
C'est la partie qui se joue au ponton, à froid, et c'est la seule qui reste entièrement disponible au moment de la chute.
- Qui garde le contact visuel, et le fait de ne faire que ça. Le rôle se distribue à l'avance : la personne désignée montre du doigt et ne lâche pas la personne à l'eau du regard, quoi qu'il arrive à bord. Elle ne barre pas, ne manœuvre pas, ne cherche pas le téléphone. Sans cette attribution préalable, chacun s'occupe de quelque chose d'utile et personne ne regarde.
- Qui note la position, et sur quoi. La plupart des traceurs disposent d'une fonction dédiée à la personne à la mer : encore faut-il savoir sur quelle touche, et l'avoir déjà pressée une fois. Un point enregistré dans les premières secondes vaut une position d'entrée d'alerte ; retrouvé cinq minutes plus tard dans un menu, il ne vaut plus grand-chose.
- Qui lance l'alerte et à quel moment. Décider à l'avance qu'on alerte tout de suite, sans attendre de savoir si on va s'en sortir seul, évite la discussion au pire moment. Une alerte annulée ensuite ne coûte rien ; une alerte lancée après dix minutes de recherches infructueuses coûte les dix minutes.
- Où est le dispositif de repérage, et s'il se largue vraiment d'une main. Une bouée saucissonnée sous une capote, un bout de fixation trop serré, un support corrodé : ces trois cas se découvrent au moment où il faudrait larguer en une seconde. Le test se fait à quai, à une main, sans regarder.
- Quel moyen de remontée, et où il est rangé. Échelle dépliable depuis l'eau, bout à nœuds, sangle de hissage, palan sur la bôme ou sur une drisse : chaque bateau a sa réponse, mais elle doit être choisie avant, et son gréement connu de tout l'équipage. Un moyen qui n'existe que dans l'intention de l'acheter n'est pas un moyen.
- La poignée de l'échelle de bain, atteignable depuis l'eau. Sur beaucoup de bateaux, l'échelle arrière ne se déplie que depuis le pont. Prolonger sa commande par un bout qui pend sous la ligne de flottaison est une transformation simple, à faire au port, qui change la situation d'une personne seule à l'eau alors que le bateau dérive.
- Le port du gilet et du harnais : quand, décidé d'avance. Fixer les conditions qui déclenchent le port (la nuit, au-delà d'une force de vent, seul dans le cockpit, en navigation solitaire) enlève la décision à celui qui est fatigué et qui trouvera toujours que ce n'est pas encore nécessaire.
- Où s'accrocher sans jamais se décrocher. Le meilleur traitement d'une chute reste de ne pas tomber. Une ligne de vie qui permet d'aller du cockpit à l'avant sans ouvrir le mousqueton se vérifie à quai, à plat, une seule fois.
- Le réglage des gilets, à la taille de chacun. Un gilet trop lâche remonte autour du visage et ne maintient plus la tête ; la sangle sous-cutale et les serrages se règlent une fois pour toutes, à quai, sur chaque personne du bord.
- Ce qui est ajouté au gilet, et vérifié. Dispositif lumineux, sifflet, bande rétroréfléchissante, éventuellement une balise individuelle : ce sont ces accessoires qui font la différence entre une personne repérable et une tête grise dans une mer grise. Ils se contrôlent avec le reste, pas au moment de larguer les amarres.
- Un essai réel de remontée, une fois. Au port, au calme, avec un équipier volontaire à l'eau et un gilet. Cet essai est le seul moyen de savoir si le dispositif retenu fonctionne sur ce bateau-là, avec cet équipage-là, et il révèle presque toujours quelque chose.
- Ce qu'on fait de la personne une fois remontée. Elle est trempée, refroidie et souvent en état de choc : décider où on l'installe, quels vêtements secs sont accessibles et qui reste avec elle évite d'improviser au moment où l'équipage se croit tiré d'affaire.
Les gestes
Embarquer autant d'équipements individuels de flottabilité de niveau de performance 150 que de personnes à bord dès la navigation semi-hauturière. C'est ce niveau qui est prévu à partir de 6 milles d'un abri, en remplacement du niveau 100 prévu en zone côtière.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.05.1
Embarquer un dispositif de repérage et d'assistance pour personne tombée à l'eau, de type bouée fer à cheval ou bouée couronne. Le texte prévoit qu'il se mette en œuvre par le seul largage à l'eau, sans source d'énergie extérieure, qu'il porte un dispositif lumineux d'au moins six heures d'autonomie et qu'une personne à l'eau puisse s'en saisir facilement.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.04.2
Porter un harnais et sa sauvegarde (longe) pouvant s'accrocher à une ligne de vie ou à un point d'accrochage du navire. Le texte en prévoit un par personne à bord des voiliers.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.05.8-9
Disposer d'un projecteur de recherche, portatif ou fixe et étanche, adapté à la recherche et au repérage d'un homme à la mer de nuit : le texte le désigne explicitement pour cet usage.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.05.11
À bord d'une embarcation propulsée par l'énergie humaine naviguant au-delà de 300 mètres d'un abri, disposer sur le flotteur d'un dispositif permettant de rester au contact après un chavirement, de remonter sur l'embarcation et de repartir, seul ou avec l'assistance d'un accompagnant.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.10.2
Alerter le CROSS sans attendre d'avoir épuisé ses propres moyens : le canal 16 en VHF, ou le 196 depuis un téléphone. Une alerte annulée ensuite ne coûte rien, une alerte tardive coûte le temps qui manquait.
Recommandation · CROSS
Essayer une fois, au port, le moyen de remontée retenu, avec une personne réellement à l'eau, et vérifier que le dispositif de repérage se largue d'une seule main, que les gilets sont réglés à chacun et que la commande de l'échelle de bain est atteignable depuis l'eau.
À préparer à quai
Ces gestes reprennent ce que prescrivent les textes et les organismes de secours. Les exécuter sous stress s’apprend en formation pratique : cette page ne remplace pas une formation pratique et ne prétend pas s’y substituer.
Ce que ça implique pour votre bateau
Trois des équipements en jeu ici ne portent aucune échéance imprimée. Un gilet gonflable, lui, en porte plusieurs : la cartouche de gaz, la pastille de déclenchement automatique, et la révision périodique préconisée par le fabricant. Le reste (le réglage des sangles, l'état de la bouée et de son support, la longe et ses mousquetons, le moyen de remontée et sa commande) ne relève que d'un examen périodique, et c'est précisément ce qui le rend facile à repousser d'une saison sur l'autre.
Ces contrôles récurrents et les échéances qui les accompagnent se tiennent dans l'inventaire du bateau, avec des rappels avant que l'échéance ne tombe. Les règles applicables à chaque équipement sont détaillées dans leurs fiches : gilet de sauvetage 150 N, dispositif de repérage personne à la mer, harnais et longe, dispositif de remontée à bord et projecteur de recherche.
Cette page s’imprime : seules les sections utiles à bord sont conservées, l’en-tête et les liens sont retirés.
