Situation à bord · se préparer
Survivre et être récupéré : tenir dans l'eau ou dans un radeau, et être retrouvé
Attendre les secours dans l'eau ou dans un radeau : ce que le froid fait au corps, ce qui doit être porté sur soi, et ce qui se décide à quai.
Mis à jour le 30/08/2026. Division 240 éd. 21/05/2026

Référentiel sécurité
Survie · tenir jusqu’à la récupération
Éd. 21/05/2026
L'alerte est partie, le bateau est derrière soi : commence le temps le plus long et le moins raconté, celui de l'attente. Cette page ne remplace pas un stage de survie et n'apprend à personne à tenir dans l'eau froide. Elle décrit ce que le froid fait au corps, dans quel ordre, et ce qui doit avoir été mis sur les personnes avant le départ pour qu'un moyen de recherche les trouve.
Ce qui se passe
En Manche, en Atlantique nord et sur une bonne partie de l'année en France, ce n'est pas la noyade qui tue en premier : c'est le froid, et il agit en trois temps distincts qu'on a tort de confondre en un seul.
Le premier temps est le choc thermique, dans la première minute. La respiration devient incontrôlable, la personne suffoque, ne peut ni crier ni coordonner un mouvement, et c'est souvent à cet instant qu'elle inhale de l'eau, bien avant d'avoir froid au sens où on l'entend d'ordinaire.
Le deuxième temps est l'incapacité neuromusculaire, en quelques minutes seulement. La force des mains et des bras décline jusqu'à disparaître : les doigts cessent d'obéir, la préhension s'en va. Une personne encore parfaitement consciente, qui parle, ne parvient plus à s'agripper à un filin, à se hisser sur un boudin, à ouvrir une fermeture ni à actionner quoi que ce soit. L'hypothermie proprement dite, elle, vient après, plus lentement.
De là une conséquence pratique qui va à l'encontre de l'intuition, et qui est le cœur de cette page : la fenêtre pendant laquelle on peut encore agir de ses mains se referme très vite. Tout ce qui suppose des doigts (monter dans le radeau, refermer sa porte, déclencher une lampe, retenir une personne, se regrouper) appartient aux premières minutes, pas à l'heure suivante. Ce n'est pas une question de volonté ni d'entraînement : c'est ce que le froid fait à un corps, indépendamment de son occupant.
S'ajoute un second phénomène contre-intuitif. Nager augmente la déperdition thermique : le mouvement brasse l'eau au contact de la peau et fait circuler le sang vers les membres, là où il se refroidit le plus vite. Rester immobile conserve plus longtemps, et plusieurs personnes serrées les unes contre les autres conservent mieux que les mêmes personnes dispersées. Le réflexe (nager vers la côte, vers le radeau, vers quelque chose) coûte donc précisément ce qu'il cherche à gagner, sauf lorsque l'objectif est à quelques mètres et atteignable tout de suite.
Reste la question d'être retrouvé, qui obéit à une autre logique encore. Une tête dans une mer formée n'est presque rien : elle disparaît derrière chaque crête, ne renvoie aucun écho radar, et un radeau bas sur l'eau n'en renvoie guère plus. De nuit, un moyen de recherche voit une lumière ou ne voit rien. C'est pourquoi ce qui décide de l'issue a été fixé à un équipement individuel de flottabilité avant le départ, dans un port, par temps calme, et non attrapé au moment de sauter, quand les mains ne répondent déjà plus.
Ce qui doit être décidé avant
Toute cette page se joue avant la sortie. Une fois dans l'eau, il n'y a plus de décision à prendre : il n'y a que ce qui a été mis sur les personnes.
- L'habillement décidé selon la saison et la zone, pas selon le ciel du matin. L'eau de la Manche reste froide bien après que l'air soit devenu agréable, et c'est la température de l'eau qui fixe le compte à rebours. Une sortie d'avril en tee-shirt et une sortie d'août au large ne posent pas le même problème ; convenir de ce que l'équipage porte se fait en préparant la navigation, pas en regardant le thermomètre du cockpit.
- Une combinaison ne sert que si on peut l'enfiler à temps. C'est le point le plus mal compris de cette page : une combinaison néoprène rangée dans un coffre est une protection théorique. L'enfiler demande plusieurs minutes, un appui stable et des doigts qui fonctionnent : trois choses que la situation retire dans l'ordre. Si elle doit servir, elle se porte avant que le problème ne devienne sérieux, ou elle ne sert pas.
- Ce qui se signale doit être sur la personne, pas dans le bateau. Une lampe flash dans une soute, un miroir dans le sac resté à bord et une lampe torche posée sur la table à cartes ne sont pas des moyens de repérage : ce sont des équipements perdus dès l'instant où l'on quitte le bord. Ce qui compte est ce qui est fixé au gilet ou dans une poche fermée.
- Être retrouvé de nuit dépend de ce qui a été fixé au gilet avant de partir. Le dispositif lumineux individuel se fixe une fois, en début de saison, à l'équipement de flottabilité de chaque personne, et il y reste. Fixé là, il part avec elle sans que quiconque ait à y penser au mauvais moment.
- Qui sait se servir de la trousse de secours, et qui l'a ouverte une fois. Une trousse que personne n'a jamais ouverte est un objet inconnu au moment où l'on en a besoin. Savoir ce qu'elle contient, dans quel ordre les choses y sont rangées et où se trouve la couverture de survie change ce qu'on peut en faire d'une main maladroite, sous la pluie, dans un radeau qui bouge.
- Le contenu de la trousse, vérifié composant par composant. L'échéance ne porte pas sur la trousse mais sur ce qu'elle contient, et chaque élément a la sienne. Une trousse entamée lors d'une sortie précédente, jamais recomplétée, est complète en apparence. Sur un bateau prêté ou loué, c'est la pièce la plus souvent entamée sans que personne le signale au retour.
- Où est le projecteur de recherche, et s'il fonctionne réellement. Sur le bateau resté en état, c'est lui qui sert à retrouver une personne à l'eau de nuit. Un projecteur dont la batterie est plate ou dont l'ampoule a lâché la saison passée se découvre au pire moment : son état se contrôle en même temps que le reste du bord, pas la nuit où on l'allume.
- Qui rassemble et qui compte. Dans l'eau comme dans un radeau, le regroupement conserve la chaleur et rend le groupe beaucoup plus visible qu'un ensemble de points dispersés. Convenir à quai que quelqu'un compte les personnes et les rassemble évite d'avoir à inventer ce rôle quand plus personne n'a la tête à le faire.
Les gestes
Pour chaque personne embarquée, un équipement individuel de flottabilité accessible rapidement et aisément, ou, si elle est portée, une combinaison humide en néoprène ou sèche assurant au minimum une protection du torse et de l'abdomen, une flottabilité positive et une protection thermique. Le texte n'admet la combinaison qu'à la condition qu'elle soit effectivement portée.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.03.1
Le dispositif lumineux individuel est étanche, d'une autonomie d'au moins six heures, et il est soit porté, soit fixé à l'équipement individuel de flottabilité mis à la disposition de la personne embarquée. C'est ce qui permet d'être vu de nuit une fois séparé du bateau.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.03.2
En zone côtière, la combinaison humide ou sèche admise en remplacement d'un équipement individuel de flottabilité de niveau 100 présente une flottabilité minimale positive de 50 N intrinsèque, protège le torse et l'abdomen, et est de couleur vive autour du cou ou sur les épaules : exigence non requise si un dispositif lumineux y est fixé en permanence.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.04.3
Au-delà de 6 milles d'un abri, embarquer la trousse de secours conforme à l'article 240-2.19, dont le contenu comprend notamment une couverture de survie, un coussin hémostatique, des compresses stériles et des gants d'examen. Chacun de ces composants porte sa propre échéance.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.05.10 et 240-2.19
Au-delà de 6 milles d'un abri, embarquer un projecteur de recherche portatif ou fixe, étanche, adapté à la recherche et au repérage d'un homme à la mer de nuit.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.05.11
Fixer le dispositif lumineux à chaque équipement individuel de flottabilité en début de saison et l'y laisser, ouvrir la trousse de secours avec l'équipage pour en connaître le contenu, et vérifier que le projecteur de recherche s'allume réellement.
À préparer à quai
Ces gestes reprennent ce que prescrivent les textes et les organismes de secours. Les exécuter sous stress s’apprend en formation pratique : cette page ne remplace pas une formation pratique et ne prétend pas s’y substituer.
Ce que ça implique pour votre bateau
Les trois équipements de cette page échouent chacun d'une manière différente et silencieuse. La combinaison néoprène ne porte pas d'échéance réglementaire : c'est son état, son marquage et les prescriptions de son fabricant qui font foi, et c'est surtout sa place à bord, portée ou enfouie, qui décide de son utilité. Le projecteur de recherche ne se signale jamais lui-même : il vieillit sans rien dire jusqu'à la nuit où on l'allume. La trousse de secours est le cas le plus trompeur, parce qu'elle est présente et pleine tout en étant hors d'usage : ses composants périment séparément, et une trousse entamée puis remise en place paraît intacte.
C'est exactement le genre d'échéances qu'aucune inspection visuelle ne rattrape, et qui se suivent donc dans l'inventaire du bateau, composant par composant pour la trousse. Les justificatifs de contrôle, quand ils existent, se rangent avec les documents du bateau.
Cette page s’imprime : seules les sections utiles à bord sont conservées, l’en-tête et les liens sont retirés.
