Situation à bord · se préparer
Abandonner le bateau : ce qu'on emporte, et ce qui reste attaché au bateau
Quitter le bateau pour le radeau : ce que contient le sac de survie, ce qui part avec les personnes, et ce qui doit être enregistré et arrimé à quai avant.
Mis à jour le 30/08/2026. Division 240 éd. 21/05/2026

Référentiel sécurité
Abandon · monter au sec dans le radeau
Éd. 21/05/2026
La décision est prise : le bateau se dérobe, il faut passer dans le radeau. Cette page ne remplace pas un stage de survie : l'embarquement réel s'apprend avec un radeau et un formateur. Elle traite de ce qui se joue avant, et qui décide de presque tout : ce qui a été rangé dans quel sac, qui le porte, et ce qui a été enregistré et arrimé pendant que le bateau était encore à quai.
Ce qui se passe
Ce qui rend ce moment particulier, c'est qu'il est irréversible et qu'il dure très peu. Un équipage passe d'un bateau à un radeau en quelques minutes, souvent moins, et tout ce qui n'a pas été attrapé dans ces minutes reste à bord et disparaît avec lui. On ne revient pas chercher une balise oubliée dans une équipière.
D'où la dissymétrie qui structure toute la question : les moyens d'alerte suivent les personnes, pas le bateau. Une balise de détresse restée dans son support et une VHF portative laissée sur la table à cartes ne sont plus des moyens d'alerte dès l'instant où la coque coule : ce sont des équipements perdus. Le radeau, lui, ne porte ni antenne en tête de mât ni écho radar utilisable : ce que l'équipage emporte dans ses mains devient la totalité de ses liens avec l'extérieur.
Le radeau, une fois gonflé, reste relié au bateau par sa bosse, le cordage qui a servi à le déclencher et qui continue de le tenir. Ce lien n'est pas un détail de mise à l'eau : tant qu'il tient, le radeau ne part pas seul sous le vent pendant qu'une partie de l'équipage est encore à bord ou à l'eau. Un radeau vide qui s'éloigne de trois mètres est déjà hors d'atteinte à la nage dans une mer formée. C'est aussi pourquoi la question du moment où l'on coupe cette bosse ne se pose qu'en tout dernier, quand plus personne n'a de raison de revenir vers la coque.
Reste la dérive. Le radeau est un flotteur bas, sans quille, très sensible au vent : il s'éloigne du point de position transmis dans l'alerte beaucoup plus vite qu'une coque à demi remplie. Une épave qui flotte encore est à la fois un meilleur écho radar et un objet visible de loin. Rester à proximité tant qu'elle flotte laisse aux moyens de recherche une cible large à trouver, et un radeau tout près d'elle.
Enfin, l'habillement. La déperdition thermique d'un corps dans l'eau, puis dans un radeau humide et ventilé, est sans commune mesure avec ce que l'on ressent au moment de sauter : l'adrénaline masque le froid pendant les premières minutes, puis ne le masque plus. Une personne qui abandonne en tee-shirt n'a rien à ajouter une fois dans le radeau : elle a laissé ses vêtements chauds dans le bateau. C'est une des rares situations où la décision se prend nécessairement en avance, parce qu'elle demande du temps que l'instant n'a plus.
Ce qui doit être décidé avant
Tout ce qui suit se décide à quai, à froid, et ne se rattrape pas en mer.
- Le contenu du sac de survie, arrêté une fois pour toutes. Le sac, le grab bag, n'a de sens que si son contenu a été décidé à tête reposée : balise de détresse, VHF portative étanche, moyen de repérage lumineux, eau, pièces d'identité et documents du bateau en poche étanche, téléphone protégé. Sa règle de composition tient en une phrase : ce qui ne peut être ni remplacé ni improvisé dans un radeau.
- Qui porte quoi, nommément. Le sac ne suffit pas s'il est le seul objet à emporter et que trois personnes croient chacune qu'une autre le prend. Désigner qui prend le sac, qui prend la balise si elle n'y est pas rangée, qui compte les personnes. Une répartition annoncée une fois au ponton survit au stress ; une répartition improvisée n'existe pas.
- Que la balise soit enregistrée, et l'enregistrement à jour. C'est le point qui se paie le plus cher, parce qu'il ne se voit pas : une balise s'identifie auprès du système satellitaire par un numéro rattaché à un dossier d'enregistrement. Si ce dossier pointe vers un ancien propriétaire, un bateau vendu ou un numéro de téléphone hors service, l'alerte part bien, mais elle ne dit ni quel bateau, ni combien de personnes, ni qui appeler à terre. Un changement de propriétaire, de bateau ou de contact impose de reprendre l'enregistrement.
- Où est le radeau, et si on peut réellement le larguer. Un radeau au fond d'un coffre, sous l'annexe et deux sacs de voiles, n'est pas un radeau disponible : il faudrait le dégager au moment précis où le pont gîte et où chacun a les mains prises. Son emplacement doit permettre de le libérer d'un geste, depuis le pont, sans ouvrir quoi que ce soit.
- Sur quel point la bosse est frappée. Le cordage relie le radeau au bateau, et ce point d'attache doit être solide, connu de l'équipage et repérable de nuit. C'est la chose qu'on vérifie une fois par saison en même temps que la fixation du berceau, pas au moment où la question se pose.
- Ce que chacun met sur soi, et à quel moment. Équipement individuel de flottabilité endossé, vêtements chauds et couvrants, bonnet, chaussures : l'habillement se décide pendant qu'on lutte encore, jamais au moment de passer dans le radeau. Convenir à quai que « s'habiller » fait partie du même déclenchement que « préparer le radeau » évite d'avoir à y penser plus tard.
- Où sont rangés les gilets, et s'ils sont à la bonne taille. Un équipement individuel de flottabilité rangé au fond d'une soute et un gilet adulte passé à un enfant reviennent au même : un équipement présent qui ne servira pas. La taille se vérifie sur les personnes réellement embarquées ce jour-là.
- Les échéances qui rendent tout cela crédible. Révision du radeau en station, pile de la balise, cartouche et percuteur du gilet gonflable, batterie de la VHF portative : quatre échéances distinctes, sur quatre rythmes différents, qui portent chacune une part de cette page. Un équipement périmé ne se signale pas de lui-même le jour où on en a besoin.
Les gestes
Au-delà de 60 milles d'un abri, embarquer une radiobalise de localisation des sinistres (RLS) et un émetteur-récepteur VHF portatif et étanche, tous deux conformes aux exigences de l'article 240-2.20. Ce sont les deux équipements qui doivent suivre les personnes, et non rester dans le bateau.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.06.2 et 240-2.06.3
Les balises RLS répondent aux exigences techniques de la division 311 et sont identifiées et enregistrées conformément aux exigences de la division 175. L'enregistrement fait partie de l'équipement : une balise non identifiée déclenche une alerte qui ne nomme pas le bateau.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.20 V
Le chef de bord s'assure que les installations radioélectriques prescrites présentent des caractéristiques suffisantes pour assurer le trafic de détresse dans les zones de navigation du navire. Cela inclut la charge réelle du portatif emporté dans le radeau.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.20 VI
Les équipements individuels de flottabilité sont adaptés à la morphologie des personnes embarquées et, lorsqu'ils ne sont pas portés, rangés de manière à pouvoir être accessibles rapidement et aisément. C'est cette accessibilité qui décide si l'équipage s'habille avant ou pas du tout.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.16 I
Le dispositif lumineux individuel (lampe flash, lampe torche ou cyalume, étanche et d'une autonomie d'au moins six heures) est soit porté, soit fixé à l'équipement individuel de flottabilité mis à disposition de la personne embarquée. Fixé au gilet, il part avec elle sans qu'on ait à y penser.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.03.2
Au-delà de 60 milles d'un abri, le ou les radeaux gonflables doivent permettre d'embarquer l'ensemble des personnes à bord et être de type I au sens de la norme EN NF ISO 9650, de classe II au titre de la division 333, ou d'un type approuvé au titre de la division 311.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.06.4
Composer le sac de survie, y ranger balise et VHF portative, et le placer là où une seule main l'attrape. Nommer qui le prend, et montrer à l'équipage d'où le radeau se largue et sur quel point sa bosse est frappée.
À préparer à quai
Reprendre l'enregistrement de la balise après tout changement de propriétaire, de bateau ou de coordonnées à joindre, et conserver le justificatif avec les documents du bord.
À préparer à quai
Ces gestes reprennent ce que prescrivent les textes et les organismes de secours. Les exécuter sous stress s’apprend en formation pratique : cette page ne remplace pas une formation pratique et ne prétend pas s’y substituer.
Ce que ça implique pour votre bateau
Cette page repose sur quatre équipements qui ne se croisent jamais dans l'usage courant, et c'est précisément ce qui les rend fragiles : le radeau de survie dort dans son berceau, la balise de détresse dans son support, la VHF portative dans un équipet, et le gilet 150 N au fond d'une soute. Aucun ne manifeste sa propre échéance. Le radeau se révise en station tous les trois ans, la pile de la balise se change sur un cycle plus long encore, la cartouche du gilet gonflable se contrôle chaque saison, et la batterie du portatif se vide sans prévenir.
Ces quatre rythmes se suivent ensemble dans l'inventaire du bateau, avec un rappel posé assez tôt pour que le radeau parte en station hors saison. Le certificat de révision et le justificatif d'enregistrement de la balise se rangent dans les documents du bateau : ce sont exactement les deux pièces qu'un acheteur, un assureur ou un contrôle demandera, et les deux qui se perdent le plus facilement.
Cette page s’imprime : seules les sections utiles à bord sont conservées, l’en-tête et les liens sont retirés.
