Situation à bord · se préparer
Décider d'abandonner : on quitte un bateau en montant, jamais en descendant
Abandonner le bateau : pourquoi la coque reste le meilleur abri jusqu'au bout, qui prend la décision, et ce qui doit être prêt et consigné avant.
Mis à jour le 30/08/2026. Division 240 éd. 21/05/2026

Référentiel sécurité
Décider · le bateau reste le meilleur refuge
Éd. 21/05/2026
Cette page ne décrit pas comment on met un radeau à l'eau ni comment on y survit : cela s'apprend en stage, avec un radeau réel et un formateur. Elle traite d'autre chose, qui ne s'apprend pas dans l'eau : le jugement qui précède le geste. Qui décide, à partir de quoi, et ce qui doit avoir été préparé et consigné pour que la décision soit prenable.
Ce qui se passe
Le monde du sauvetage maritime résume la question en une phrase qui n'a pas bougé depuis des décennies : on monte dans le radeau en montant, pas en descendant. Autrement dit, on ne quitte le bateau que lorsqu'il se dérobe sous les pieds, jamais tant qu'on doit enjamber un franc-bord pour rejoindre le radeau.
La raison n'est pas une question de courage. Elle tient à ce que sont respectivement une coque et un radeau. Même envahie, même désemparée, même couchée, une coque reste un volume plus grand, plus stable, mieux abrité du vent et des embruns qu'un radeau. Elle offre un écho radar que le radeau n'a pas : un boudin de tissu au ras de l'eau est une cible médiocre pour un radar de navire de commerce. Elle porte encore, souvent, la VHF fixe et son antenne en tête de mât, dont la portée n'a aucun rapport avec celle d'un portatif tenu à bout de bras entre deux vagues. Et elle reste ce que les sauveteurs cherchent : un objet de plusieurs mètres, décrit dans l'alerte, sur lequel la recherche a été construite.
Le radeau, à l'inverse, est petit, dérive vite sous le vent, et s'éloigne du point de position transmis à mesure que les heures passent. C'est un abri de dernier recours, dimensionné pour tenir, pas pour naviguer.
Ce qui rend le sujet difficile, c'est que le réflexe pousse dans l'autre sens. Un bateau qui se remplit, qui brûle ou qui tape est un environnement effrayant, et le radeau qui se gonfle à côté a l'apparence rassurante d'une solution. Des équipages ont quitté leur bateau trop tôt et ont été perdus alors que la coque a été retrouvée à flot ensuite. C'est ce décalage entre la peur ressentie et l'état réel du bateau que la préparation à quai sert à combler : à froid, on peut décider quels signes objectifs, et non quelles sensations, feront basculer la décision.
Reste une évidence qui se paie cher quand elle est oubliée : le radeau ne se déclenche que s'il est encore à bord et accessible au moment où la question se pose, et l'équipage ne se retrouvera que s'il sait où était le bateau. Une position notée dix minutes plus tôt vaut infiniment mieux qu'une position que personne ne pourra plus lire.
Ce qui doit être décidé avant
C'est la seule partie de la question qui se traite à tête reposée, et c'est elle qui décide de tout le reste.
- Qui prend la décision, et que l'équipage le sache. La Division 240 confie au chef de bord la sécurité des personnes embarquées et la mise en œuvre des équipements de sécurité lorsque les circonstances l'exigent : la décision lui revient. Le dire une fois, au ponton, évite la situation où trois personnes ont trois avis et où personne ne tranche. Cela suppose aussi de désigner qui décide si le chef de bord est blessé ou à l'eau.
- Quels signes objectifs on aura convenus d'observer. Décider à froid ce qui fait basculer : un envahissement que les moyens d'assèchement ne rattrapent plus, un feu qui a repris après une première attaque, une structure ouverte sur la mer. Des faits constatables, pas un ressenti, parce que sur l'instant le ressenti sera hors sujet dans les deux sens.
- Que l'alerte parte avant la décision, pas après. Alerter ne signifie pas abandonner. Un appel de détresse émis pendant qu'on lutte encore engage les moyens de secours pendant que le bateau flotte toujours ; il peut être annulé, ce qu'un abandon ne peut pas.
- Que la position et l'heure soient consignées avant. Le journal de bord n'est pas une formalité administrative : c'est ce qui garde la dernière position connue, l'heure, le cap et la dérive prévisible. Noté avant de quitter le bord, il donne aux sauveteurs le point de départ de la recherche. Un GPS parti avec le bateau ne dit plus rien à personne.
- Où est le radeau, et comment il part réellement. Sa fixation, sa bosse d'amarrage, le point du bateau sur lequel elle est frappée : ce sont des choses qui se regardent à quai, une fois par saison, pas au moment où le pont gîte. Le registre de vérification spéciale de la Division 240 fait d'ailleurs figurer la fixation des moyens de secours parmi les points à contrôler.
- Ce qu'on emporte, groupé en un seul sac. Le sac de survie se compose à quai et se range toujours au même endroit ; son contenu est détaillé dans Abandonner le bateau.
- Que chacun sache s'habiller avant, pas après. Équipement individuel de flottabilité endossé, harnais, vêtements chauds et couvrants : cela se fait pendant qu'on lutte encore, jamais au moment de sauter. Un équipage qui décide de s'équiper trop tard ne s'équipe pas.
- Les échéances du radeau, tenues. Un radeau dont la révision en station est passée n'est pas un radeau dont on connaît l'état. C'est l'équipement dont l'échéance se laisse le plus facilement dépasser, parce qu'il ne se voit jamais et ne sert idéalement jamais.
Les gestes
Le chef de bord s'assure de la présence à bord, du bon état et de la validité des équipements de sécurité, de leur adaptation aux personnes embarquées et de leur mise en œuvre lorsque les circonstances l'exigent. La décision d'abandon relève de cette responsabilité, et gagne à être annoncée comme telle à l'équipage avant d'appareiller.
Texte de référence · Division 240, art. 240-1.03
En navigation semi-hauturière et au-delà, tenir à jour un journal de bord contenant les éléments pertinents pour le suivi de la navigation et la sécurité du navire. C'est ce qui fait qu'une position et une heure existent ailleurs que dans un GPS resté à bord.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.05.6
Embarquer un ou plusieurs radeaux de survie gonflables permettant d'embarquer l'ensemble des personnes à bord, adaptés à la navigation pratiquée. Le compte se fait sur les personnes réellement embarquées ce jour-là, pas sur l'équipage habituel.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.05.3
N'embarquer qu'un radeau appartenant à l'une des catégories admises : conforme à la norme NF/ISO 9650, ou de classe II (la classe V n'étant admise que pour un radeau acquis avant le 1er janvier 2008) ou d'un type approuvé au titre de la division 311. Au-delà de 60 milles d'un abri, l'article 240-2.06 restreint ce choix, notamment au type I au sens de la norme NF ISO 9650.
Texte de référence · Division 240, art. 240-2.18
Au titre de la vérification spéciale, contrôler la fixation des moyens de secours (radeaux, bouées, portiques et superstructures) et consigner la date de ce contrôle. Le registre s'impose aux navires exploités par une structure ; rien n'interdit de suivre le même point sur un bateau personnel.
Texte de référence · Division 240, annexe 240-A.2
À bord des navires proposés à la location qui naviguent à plus de 2 milles d'un abri, embarquer un document regroupant les instructions de mise en œuvre des dispositifs d'assèchement et de lutte contre l'incendie ainsi que de l'abandon. Rien n'interdit d'en écrire un pour un bateau personnel : c'est exactement le support où consigner qui décide et sur quels signes.
Texte de référence · Division 240, art. 240-3.03
Montrer à chaque personne embarquée où est le radeau et sur quel point sa bosse est frappée.
À préparer à quai
Ces gestes reprennent ce que prescrivent les textes et les organismes de secours. Les exécuter sous stress s’apprend en formation pratique : cette page ne remplace pas une formation pratique et ne prétend pas s’y substituer.
Ce que ça implique pour votre bateau
Deux équipements portent tout le poids de cette page, et ils échouent de deux manières opposées. Le radeau de survie échoue par l'échéance : sa révision en station se compte en années, la station l'immobilise plusieurs jours, et la saison passe sans que personne n'y pense, jusqu'à l'année où il faudrait pouvoir compter dessus. Le journal de bord, lui, échoue par l'usage : il est à bord, il est conforme, et il est vierge depuis trois sorties. Aucun contrôle ne sanctionne cela, et pourtant c'est précisément ce qui manque le jour où il faudrait relire une position.
Les règles applicables aux deux se trouvent dans leurs fiches : radeau de survie et journal de bord. La révision du radeau se pose comme une échéance suivie dans l'inventaire du bateau, avec un rappel assez tôt pour prendre rendez-vous hors saison, et le certificat de la station a sa place dans les documents du bateau.
Cette page s’imprime : seules les sections utiles à bord sont conservées, l’en-tête et les liens sont retirés.
